Climatologie, Culture, Elevage et Industries

Saint-Romain et Saint-Clément Saint-Romain et Saint-Clément

Nous sommes certes encore dans une zone tempérée, cependant on ne saurait trop insister sur les conditions climatiques particulières de cette région. Nous ne sommes pas très loin du Limousin et cela peut nous réserver quelques belles surprises, notamment en hiver où la température est très inférieure de quatre à cinq degrés par rapport au sud du département, et les étés sont parfois très chauds.
La région reçoit de plein fouet les vents atlantiques, amenant des nuages, qui en s’élevant au-dessus du relief se refroidissent rapidement, et provoquent leur condensation, des précipitations s’en suivent suivies d’orages brutaux.
C’est ainsi que les sinistres ne manquent pas3 :

1878, la commune est entièrement ravagée par la grêle qui ne laissa aucune récolte (2 juillet 1878).
1906, quatre indigents furent victimes de la sècheresse de 1906.
1930, grêle et ravinement sur les récoltes, routes et chemins, pour un montant de 57.300 frs.
1935, ouragan des 22 et 23 février, dégâts sur foncier et récoltes, pour un montant de 3.500 frs.
1932, trois incendies, 10 hectares brûlés en forêt.
1934, quatre incendies et deux cas de grêle, perte 25.000 francs.
1938, trente cinq hectares brûlés en forêt au cours de quatre incendies.
1999, l’ouragan du 27 décembre fut un des plus violents que la région ait connu.

Peu de documents existent concernant les cultures pratiquées dans les temps anciens à Saint-Romain et Saint-Clément. L’assolement triennal employé au moyen âge semble avoir disparu en 1835, puisque le maire répond à l’enquête que peu de personnes pratiquent cette méthode, la pratique des jachères est cependant utilisée, celle du chaulage n’interviendra que plus-tard.
Les instruments de travail des champs ont peu évolué jusqu’à cette époque, la vigne est plantée à la pioche, la terre est travaillée à la charrue et quelquefois à la bêche.
On cultive, du froment, du seigle, de l’orge, de l’avoine, du millet, du maïs ou blé d’Espagne, la plus grande partie est en froment. Tous les légumes sont cultivés, raves, pommes-de-terre, oignons, haricots, peu de betteraves, ces produits sont utilisés pour la consommation courante.
Les étendues de prairies naturelles sont assez considérables mais de qualité très différente, elles sont utilisées selon leur qualité pour les élevages bovins, ovins, ou caprins.
La commune possède une abondante forêt de châtaigniers et quelques taillis de chênes de bonne qualité. Le bois des taillis de châtaigniers est transformé en cercles pour les barriques qui se vendent de six à douze sols la douzaine, le bois de chêne à brûler se vend 10 francs la brasse, les arbres de haute futaie réservés pour la charpente se vend au pied de dix jusqu’à vingt sols. Le bois de chauffage s’expédie à Thiviers et à Saint-Jean-de-Côle.
Pendant très longtemps la châtaigne a servi à nourrir dans nos régions aussi bien les hommes que les animaux et notamment les cochons et ces fameux « cul noir » si bien adaptés à nos élevages. Le croisement avec le cochon tonquinois ne semble pas avoir donné de bons résultats, et ce n’est que plus tard que les élevages de « large-White » furent pratiqués.

Il n’y avait pas de comice agricole à Saint-Romain-Saint-Clément, un projet était en gestation en 1835 mais n’a sans-doute jamais vu le jour, la proximité des foires de Thiviers et Saint-Jean-de-Côle étant plus attractives.

Un état statistique des cultures, de leur étendue et de leur produit, dressé par le département de la Dordogne concernant Saint-Romain et Saint-Clément pour l’année 1836, nous donne les étendues exactes pour chaque culture :

Nature des cultures Etendue (en hectares) produit total (en hectolitre)

Froment 178 700
Méteil 48 80
Seigle 10 25
Orge (baillarge) 10 114
Avoine 25 50
Sarrasin 14 110
Maïs ou millet 60 150
Pommes de terre 152 680
Légumes secs 16 69
Betteraves 2 50
Vignes 200 750
Prairies naturelles 38 50.000 (Kg)
Bois 150 1.500 (stères)
Jachères 180
Jardins 7
Noyers 490 (Kg)
Chanvre 2 390 (Kg)

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Le même tableau nous indique les quantités des troupeaux, chevaux et autres animaux utiles.

Il y avait à Saint-Romain et Saint-Clément :

Désignation Nombre

Bœufs 200
Vaches 2
Veaux 28
Béliers 86
Moutons 200
Brebis 1.390
Agneaux 150
Porcs 350
Chèvres 60
Chevaux 2
Juments 8
Mules et mulets 10
Anes 80

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La superficie plantée en vignes, dressée par l’agent voyer cantonal en 1885, à la suite des vignobles atteints par le phylloxéra en 1881, fait état de 11 hectares, dont 3 hectares 60 centiares très atteints, il y en avait 200 hectares en 1836, c’est dire l’importance de la maladie dans la commune, et les répercutions économiques pour les cultivateurs. Il fut introduit à cette époque des cépages américains, résistant mieux aux maladies cryptogamiques et au phylloxéra grâce à la densité de leurs feuilles et de leur grain. Leur culture fut peu à peu abandonnée au profit d’hybrides créés par croisement possédant des racines abondantes et une végétation fougueuse. La totalité de cette culture fut interdite par la loi du 24 décembre 1934, à la suite de laquelle on encouragea l’arrachage par des primes. Ces cépages étaient le Clinton, le Noah, le Jacquez, l’Herbemont, l’Othello et l’Isabelle.
Le vin est d’une grande importance, il est vendu en limousin contre des génisses, bouvillons et pommes de terre, une certaine quantité est réservée pour la consommation courante. Un certain nombre de questions furent posées en 1835 aux maires des communes de Dordogne pour l’enquête Brard6 demandée par le préfet Romieu  concernant l’hygiène et la santé publique.

Questions, et Réponses du maire de la commune :

Quels sont les aliments habituels ?
Du pain, du vin, ils sont mangeurs de soupe.

Qu’elle est la composition du pain du cultivateur et quelle proportion y fait-on entrer les pommes seigle, peu de haricots, quelques-uns y de terre et les haricots ?
Le pain est composé de froment, peu de en  mettent des pommes de terre râpées, mais ce n’est que les pauvres, ils mangent aussi du maïs.

Tous les paysans boivent-ils du vin ou de la piquette ?
Presque tous.

Combien compte-t-on d’ivrognes reconnus comme tels dans la commune ?
Ils boivent bien mais ne se grisent que très rarement, nous ne connaissons pas d’ivrogne.

Est-on dans l’habitude de faire chabrol ou de mêler du vin dans la soupe ?
Quasi tous les paysans sont dans cet usage et quelques bourgeois commencent à s’y habituer.

Selon une enquête réalisée en 1789, il n’y avait qu’un seul moulin à la Verdale sur le ruisseau la Côle qui possédait deux meules à blé et un marteau à foulon ou maillerie. La maillerie était l’endroit du moulin destiné à battre le chanvre, le foulon était la machine utilisée pour le foulage des draps (destiné à les rendre plus souples), il était pratiqué autrefois en frappant le tissu avec des pilons de bois dans un récipient rempli d’eau et de terre à foulon .
« Il n’existe dans la commune de Saint-Romain, ni tuilerie, ni poterie, il n’y a qu’un seul moulin de laverdale qui a deux meules tournantes et un marteau à foulon, et ce qui est sincère et véritable,le 22 ventose an XII », Signé Noël, Maire.
A Saint-Clément : le maire de l’époque répond à l’enquête :
« Citoyen, je vous fais passer le budget de l’an treize, quant aux décès des conscrits de l’an 8ème, jusqu’à l’an douze, il n’y en a aucun de décédés, quant aux tuileries, papeteries et moulins, il n’y en a pas dans notre commune »,
Je vous salue. Debrégeas- A Saint-Clément le 3ème germinal an 12.

Le moulin de « feuyas » actuellement sur la commune était comptabilisé sur la commune de Thiviers, possédait à cette époque quatre meules à blé et une meule à huile8.

Le 17 février 1904 une crue importante emporta l’écluse du moulin de Feuyas. M. Lafond propriétaire pétitionne le 20 juillet 1904 auprès du Préfet pour profiter des basses-eaux de la Côle pour reconstruire sa digue, car ses clients sont obligés de faire quatre à cinq kilomètres pour faire moudre leurs grains. Suite au rapport du conducteur subdivisionnaire des ponts et chaussées du 6 août 1904, qui considère que ce moulin très ancien n’a jamais été règlementé, mais n’a fait l’objet d’aucune réclamation, M. Lafon est autorisé à effectuer les réparations sur la crête du barrage, la vanne de décharge, le déblaiement des débris sur la Côle. Un procès verbal de recollement des travaux eut lieu le 13 avril 19059.

Une prise d’eau, destinée à alimenter les trains transportant les troupes américaines, en gare de Thiviers, fut réalisée au regard du barrage de feuillas sur la Côle en avril 1918, l’homologation des travaux fut prononcée le 8 septembre 192410.

Il n’existait ni carrières ni mines exploitées en 1835, les carrières existantes sont « du grison ou pierre rousse »11. Sans-doute était-elle exploitées pour servir de pierres à fusil. Il faut attendre l’introduction des pratiques de chaulage des terres pour les rendre moins acides et plus favorables aux cultures, pour l’implantation de carrière de chaux, notamment vers Saint-Clément sur la colline surplombant la route nationale.

Le 6 août 1860, le sous-préfet de Nontron autorise le sieur Marty Jean, propriétaire à Saint-Clément, à établir un four à chaux permanent au bord de la route départementale N° 15 entre Saint-Clément et Thiviers, une petite production est alors réalisée pour la consommation locale.

Le 1er décembre 1905, un arrêté préfectoral autorise monsieur Delage, boulanger à Thiviers, à construire un four à chaux et un hangar le long du chemin de grande communication N°75 d’Aurillac à Angoulême.